Jeu, set et joie !
Depuis plusieurs années Frère Pierre organise des retraites Tennis et prière. Plus que le concept original, nous avons voulu découvrir comment ce frère consacré de la Communauté des Béatitudes a trouvé le goût à cet alliage.
F.L. : Le tennis a-t-il été pour vous un tremplin vers Dieu ?
F.P. : Implicitement non, le tennis a fait partie du mode de vie de ma jeunesse. C'était un lieu d'épanouissement et d'intégration sociale de par les heures d'entraînements, de matchs en compétition puis la suite d'enseignements. J'ai appris à être positif aussi bien dans la défaite que dans la victoire, à me remettre en question afin d'évoluer. Maintenant avec du recul, je comprends que le tennis a été vecteur de valeurs que je retrouve aujourd'hui dans ma vie chrétienne.
F.L. : Comment est venue l'idée des sessions " Tennis et Prière " ?
F.P.: Elles sont nées de l'encouragement que le Pape Jean-Paul II a apporté au long de son Pontificat à la pratique sportive. Il aimait le sport qu'il situait comme une source de bien-être physique, comme un moyen de renouveau intégral de la personne et de la société. Au regard de la recherche spirituelle moderne marquée par la quête de l'intériorité, le bien-être et l'unité de la personne, ces sessions offrent depuis 2003 un lieu d'expérience sportive enrichi par la vie spirituelle chrétienne. Elles procurent un art de bien vivre dans un climat de détente, de perfectionnement technique mais aussi d'écoute, de réflexion, de chants et de prière.
F.L. : Dans le monde, le sport peut facilement devenir une idole, comment éviter-vous ce piège ?
F.P. : En proposant une vision unifiée de la personne humaine. Dans mon enseignement, je pars du corps en faisant progresser par le jeu et la technique des coups, le schéma corporel de chaque joueur(se). La gloire de Dieu, c'est l'homme vivant, disait saint Irénée et l'homme vivant c'est aussi le corps en pleine forme. En lui-même, le corps est organisé et pédagogue : nous sommes debout, comme un trait d'union entre le ciel et la terre. Au tennis, face à la balle, il faut se tenir également debout. Et même plus ! Tout le jeu entre la balle et soi-même est de rester, dans ses déplacements, comme tendu vers le ciel afin que divers membres du corps puissent agir en ressort au moment de la frappe. Avec ce visuel, le joueur va positionner son corps pour que son âme déploie sa vitalité, en tempo aussi avec la balle.
F.L. : Et comment unifiez-vous le corps et l'âme ?
F.P. : Dans un corps présent, l'âme a toute sa place. L'âme est le pivot de l'être tout entier. C'est à l'âme qu'appartiennent les deux grandes puissances que sont l'intelligence et la volonté. Elles manifestent le joueur dans son engagement personnel : sa détermination. Pour passer du bon temps, il s'agira d'accueillir son adversaire comme un ami avec lequel on jouera, avec émulation, un beau match.L'âme est capable de bien de changements, de prises de conscience ; elle structure aussi en correspondance avec l'attitude corporelle qui évolue. En nous, il y a cet espace ouvert où l'Esprit se joint à notre esprit. L'acte le plus noble de l'homme est celui de la prière, qui apprend à s'aimer devant Dieu et à aimer son adversaire. Faire place à l'amour, tel est la finalité par excellence de l'homme où Dieu se rend présent. Car le vrai terrain de tennis, en fait, est celui de l'amour. C'est pourquoi des temps de prière individuelle et communautaire rythment chacune des sessions. En venant vivre une semaine " Tennis et Prière " vous mettrez ensemble ces trois dimensions essentielles à la vie : le bien-être du corps, la santé de l'âme et l'ouverture de l'esprit, cela afin d'être " bien dans ses cordes " !
Anne : Même si je ne suis pas une pratiquante régulière du tennis, la technique enseignée est aussi une école qui aide à accueillir et à affronter les évènements et les surprises de la vie.
Pour aller plus loin: www.cordes.beatitudes.org, frère Pierre : tennisetprière@beatitudes.org
extrait de Feu et Lumière, n°285, Juillet-Août 2009