JE NE PRIE PAS POUR QUE DIEU ME DONNE UNE MEDAILLE
À
Pékin, de nombreux sportifs célèbrent leur victoire en remerciant Dieu.
D’autres vivent leur foi dans la discrétion et la simplicité
Tous les jours, au village olympique, Annabel Laure Ali met son réveil à 5 h
30 du matin. Si cette lutteuse camerounaise de 23 ans se lève ainsi aux
aurores, ce n’est pas pour se rendre sur un site de compétition ou d’entraînement.
Juste pour prier, seule, dans la quiétude de sa chambre.
« Je suis musulmane et très pratiquante, explique-t-elle. Et ce n’est parce
que je suis aux Jeux que je vais renoncer à vivre ma foi. Je fais donc mes cinq
prières quotidiennes, à 5 h 30, 14 heures, 17 heures, 19 h 30 et 20 h 30 »,
souligne la jeune athlète.
Au sein de l’équipe du Cameroun, tous les athlètes sont croyants. Parmi ceux
hébergés au village olympique, deux sont musulmans, tous les autres sont chrétiens
comme Paul Etia Ndoumbe, qui fait de l’aviron. « Chacun vit sa foi dans la
simplicité et le respect de l’autre », reconnaît ce jeune homme de 24 ans,
qui, lui non plus, n’a rien changé à ses habitudes.
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70
volontaires au centre de "services religieux"
« Je prie
plusieurs fois par jour, soit tout seul, soit avec les coachs et les présidents.
Parfois, on a envie d’être ensemble pour partager ce moment et, parfois, on
veut juste être seul avec soi-même et avec Dieu. »
Au village olympique, un centre de « services religieux » a été aménagé
par le Comité d’organisation des Jeux. Des lieux de cultes, animés par
environ 70 volontaires, y ont été installés pour les cinq principales
religions : le christianisme, le bouddhisme, l’islam, l’hindouisme et le
judaïsme.
Mais l’existence de ce centre ne semble pas être bien connue au sein du
village. « Je n’en ai jamais entendu parler, regrette Paul Etia Ndoumbe.
Pourtant, si j’avais su qu’on pouvait assister à une messe, j’y serais
allé. »
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Dieu
ferait-il gagner des médailles ?
En général,
aux Jeux, les athlètes qui parlent le plus ouvertement de leur foi sont ceux
qui gagnent des médailles. On ne compte plus, en effet ici, les médaillés qui
remercient Dieu, à peine descendus du podium. Comme le Cubain Ibrahim Camejo, médaillé
de bronze en saut en longueur : « J’ai réalisé que mon dernier saut était
ma seule chance, donc j’ai prié Dieu et ma famille de me donner la force
d’y arriver et j’ai réussi. »
Dieu ferait-il gagner des médailles ? « Non, ce n’est d’ailleurs pas ce
que je lui demande quand je prie juste avant le départ. Je m’adresse
d’abord à lui pour qu’il me donne la force de finir la course », répond,
avec un sourire, Paul Etia Ndoumbe. Tandis qu’Annabel Laure Ali approuve
d’un hochement de tête.
« Moi non plus, je ne prie pas pour que Dieu me donne une médaille mais juste
pour qu’il me protège durant le combat, afin que je ne sois pas blessée. Et
pour le remercier de m’avoir permis de vivre ces moments-là. »
article de Pierre Bienvault paru dans la revue : La Croix 22/08/08