Homélie de Monseigneur André Lacrampe
Messe du Congrès FSCF à Besançon
25 Novembre 2006

Au terme de votre première journée de la Fédération Sportive et Culturelle de France, après l'excellente table ronde à laquelle nous venons de participer, dans cette enceinte de Micropolis, la célébration eucharistique nous rassemble. Ce n'est pas la première en ce lieu. Cette anbnée, 800 jeunes se préparant à la profession de foi, se sont retrouvés avec le service diocésain de la catéchèse, le groupe musical du MEj était d ela fête, comme il l'est ce soir pour soutenir notre prière, en ce dernier dimanche de l'année liturgique, nous célébrons le Christ comme Roi de l'Univers.

Quand nous ouvrons l'Evangile, nous découvrons plusieurs titres donnés à Jésus. Il est maître, Rabbi, serviteur, Roi. Ce mot étonne un peu de nos jours par sa résonance politique un peu désuète qui nous fait penser à l'ancien régime, au palais, aux gardes, à la fortune. Jésus a écarté toute forme de puissance temporelle. A chaque eucharistie, la prière de l'Eglise nous le fait dire : Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et gloire pour les siècles. Christ Roi, c'est un terme qu'il nous faut replacer dans le contexte biblique de la foi du peuple d'Israël. Jésus est roi, mais non d'un royaume politique, nous venons de l'entendre de sa bouche même, dans l'Evangile de ce jour : Oui, je suis Roi, mais ma royauté n'est pas de ce monde. Cette fête du Christ roi vient nous rappeler l'ampleur de la vision chrétienne sur le monde et la dimension sociale qui en découle pour notre foi. Il y a une vision chrétienne de l'homme dans l'univers. Il y a une vision chrétienne du sport.

Je voudrais, dans ma réflexion, développer le rapport du sport et de la personne humaine, le rapport du sport avec la construction de la communauté humaine. Nous savons tous ici que le sport est un des phénomènes important de notre temps, aux plans local, national et international, avec des grands évènements sportifs qui marquent certaines périodes de notre calendrier. Votre rassemblement est important pour vous-mêmes, pour l'Eglise avec son apport singulier dans de nombrexu domaines de la société. Pourtant dans le monde, il implique d'innombrables personnes et se développe chaque jour davantage.

     Quels sont les ressorts de cette ferveur ?

J'évoquerai tout d'abord le boom des loisirs. La pratique sportive est très large dans les moyennes et grandes villes, mais les clubs dans les villages n emanquent pas, c'est ce que je constate, ici, en Franche-Comté. Sur le plan individuel, le sport contribue à préserver et améliorer la santé, procurant une sereine détente, une occupation saine. Mens sana in corpore sano disait-on déjà, il y a fort longtemps. Un corps sain dns un esprit sain. Par cette formule bien connue, on ne voulait sans doute pas seulement souligner l'existence, chez tout être humain, d'une dimension physique ajoutée à celle intellectuelle, psychologique ou spirituelle qui la composent.

Le bénéfice que chacun peut tirer du sport ne se situe pas au seul plan du bienfait physique. L'esprit y gagne assurément au terme d'une pratique qui demande constance dans l'effort, dépassement de soi, discipline personnelle, insertion modeste dans une démarche d'équipe pour les sports collectifs, respect des règles, respect de l'adversaire, ajouté au nécessaire respect de soi-même et de son corps. Notre sens de Dieu et notre sens de l'homme se trouvent là engagés.

Educateurs, responsable de disciplines sportives, vous ne vous trompez pas quand vous pensez le sport comme école de la responsabilité, du courage et de l'endurance, de la citoyenneté, de la tolérance mais aussi de l'engagement au service d'autrui. Le sport donne l'occasion de mettre ses dons personnels au service de l'équipe, formidable moyen d'acquérir le sens de la communauté.

Il ne peut y avoir de comités départementaux, régionaux ni de fédération nationale sans la générosité de tous, bénévoles ou non, qui entraînent, encadrent, administrent. Rendons grâce dans cette eucharistie pour toutes ces valeurs chrétiennes que l'on retrouve dans le sport. Je pense, à nouveau ici, au partage, à l'écoute, à la tolérance, à la charité. Un de mes amis rugbymen, et non des moindres, michel Crauste, ancien capitaine du XV de France, Président d'honneur de la prochaine coupe du monde de rugby, me disait, il y a quelques temps :

          - la foi en soi, en l'autre, en Dieu qui veut notre bonheur
          - l'espérance qui aide à vaincre l'égoïsme, le repli sur soi
          - la charité qui se manifeste dans la fraternité", le partage, le respect de l'adversaire.

L'apôtre Paul rappelait dans la première lecture que le corps se construit dans l'amour. La découverte de l'autre est aussi importante. Cet autre peut-être partenaire ou adversaire, juge ou arbitre, technicien, employé d'un stade ou d'une salle de sport. C'est toujours quelqu'un à respecter.

En un temps où les diverses formes de violences, de haine, de racisme, d'exclusion et de division tendent à détruire le tissu de la solidarité sociale, le sport peut devenir avec l'aide de Dieu, un véhicule de civilisation et contribuer à l'édification d'une société plus fraternelle, plus solidaire et plus humaine.

Je vous invite, dans vos comités, à développer les espaces de dialogue, de réflexion, de méditation, afin de réfléchir au code du sportif qui revêt une dimension de l'agir chrétien, de l'être chrétien.

C'est là ma dernière réflexion. Si nous avons mis des années à façonner notre corps grâce à la persévérance, au courage, à l'ascèse, au bout du compte, c'est aussi notre âme qui change, qui intériorise ces vertus de persévérance, de courage. Au fond, de la façon dont je modèle mon corps, je modèle aussi mon âme. Il n'est pas rare de voir des signes chrétiens exprimés dans le sport comme celui de ce vainqueur du tour de France de l'étape en solitaire au sommet du Hautacam près de Lourdes. A l'arrivée, il a fait le signe de croix, geste non innocent et qui ne laisse pas indifférent. Etant en situation pour cela, j'ai félicité, après les cérémonies d'usage, le champion, coureur d'origine basque espagnol. Il m'avoua avoir rendu grâce à Dieu pour l'effort consenti et pour le plaisir donné aux spectateurs présents et surtout à ses compatriotes.

Le sport ne peut absorber l'homme au point qu'il se dispense de ses responsabilités religieuses. De tous temps, cela appelle au choix, une gymnastique spirituelle que de participer à l'assemblée liturgique le jour du Seigneur, comme nous le faisons, ici, ensemble, ce soir, en cette veille de dimanche. Tout peut s'organiser, se réfléchirpour non seulement vivre l'esprit de la fédération sportive et culturelle de France, célébrer les valeurs, mais aussi dire votre identité chrétienne pour rendre témoignage de Jésus Christ.

Vous avez reçu de l'Etat le triple agrément sportif, socio-éducatid et d'éducation populaire, centre de vacances et de loisirs. Vous êtes reconnu par le Ministère de la Culture pour vos activités de chant choral, de musique, de danse et de théâtre. Vous êtes aussi reconnus par l'Eglise. Ne manquez pas, en Eglise, de favoriser l'éducation de la jeunesse dans les loisirs, selon une vision chrétienne de l'homme et du monde en cohérence avec l'Evangile. Que le congrès qui nous rassemble, suivi de vos assises de printemps, nous engage ou nous maintienne dans cette voie afin de répondre ensemble à la mission que le Christ nous confie.