Homélie du 9° championnat de France de cyclisme du clergé
Mgr Michel Guyard
8 Mai 2008

            Chers amis,

J’ai cherché dans l’Ecriture Sainte ce qui pouvait éclairer une réflexion de circonstance pour l’événement qui nous rassemble en cette eucharistie. Je dois avouer que ma recherche n’ a pas été très longue. En effet, il n’y a que trois références au sport dans la Bible :

La première n’a rien à voir avec l’exercice physique puisqu’il s’agit d’un verset du livre des Proverbes qui affirme que la pratique de l’infamie est un sport pour l’insensé alors que le sport de l’homme raisonnable c’est la sagesse..

La deuxième citation, au livre des Martyrs d’Israël rappelle le triste épisode où Jason, qui voulait helléniser le peuple juif, organisa des jeux olympiques à Tyr, après avoir fait construire un gymnase à côté du Temple de Jérusalem. 

Il reste une troisième citation, plus connue, celle où Saint Paul compare l’ascèse que s’imposent les sportifs pour remporter une couronne périssable à celle que devraient s’imposer les chrétiens qui sont promis à recevoir une couronne impérissable.

Et nous savons que les évangiles ne traitent du sport d’aucune manière. Il est donc vain de vouloir chercher dans l’Ecriture quelque conseil quelconque concernant la bonne pratique du sport, et en particulier le cyclisme qui n’était pas encore inventé !  Mais ce n’est pas au public de sportifs particuliers que vous êtes que je rappellerai que la parole de Dieu n’est pas un code de morale, mais une Parole de Vie qui concerne notre relation  à Dieu. Ce qui nous importe, c’est de vérifier comment cette relation à Dieu, et la relation à nos frères qui lui est indissolublement liée, peut s’exprimer dans tous les aspects de notre vie, y compris dans la pratique du sport.

C’est dans ce sens que le Pape Jean-Paul II s’est adressé à des sportifs, à de nombreuses reprises. Et j’ai puisé dans ces documents  quelques points qui m’ont paru propres à nourrir notre réflexion, et dont je voudrais brièvement vous faire part  à mon tour.

Puisque les chrétiens ont à témoigner de l’évangile dans toute leur vie, le sport fait partie des  réalités sociales que nous partageons avec tous nos frères.  Je cite Jean-Paul II : « En particulier par son caractère universel. Le sport dépasse les cultures et les nations. Il donne l’occasion de rencontres et de dialogue, au delà de toute barrière de langue et de race. Le sport peut apporter une contribution valable à l’entente pacifique entre les peuples et contribuer à l’affirmation dans le monde de la nouvelle civilisation de l’amour ». fin de citation

Chance pour la rencontre des autres, chance au plan personnel, le pape continue « la véritable pratique du sport met en œuvre des capacités physiques mais implique que soient mises en œuvre également les capacités intellectuelles et spirituelles pour ne pas se laisser emporter par l’obsession de la perfection physique ou se laisser asservir par les lois de la production et de la consommation ». A la suite de Jean-Paul II, Je souligne cet aspect qui doit apparaître clairement dans votre manifestation d’aujourd’hui.  Elle est un signe prophétique, modeste, sans doute, mais important quand on constate que de nos jours les compétitions sportives deviennent  le prétexte d’opérations financières, dont on ne peut nier l’importance légitime, mais qui, lorsqu’elles sont excessives deviennent des systèmes de pression sur les sportifs eux-mêmes qui risquent d’y perdre la santé et leur âme. Et ils ne sont sont pas que les seules victimes. Il est heureux que les consciences se réveillent et que le scandale du dopage aient conduit les responsables à plus de vigilance. Mais l’on sait que c’est un combat de longue haleine et que ce problème ne concerne pas , hélas, que les sportifs professionnels.

Le sport est également un moyen au service de l’éducation de l’homme. On y apprend le respect de soi et des autres, l’honnêteté, le sens de la compétition qui ne vise pas la destruction de l’adversaire qui n’est pas un ennemi. Le sport est un facteur de lien social., à condition de le pratiquer et pas seulement d’en parler.

Nous savons tous que l’Eglise du début de XXè siècle a multiplié les patronages et les associations sportives qui ont construit des hommes et des femmes debout. On en garde le souvenir dans le nom d’équipes professionnelles d’aujourd’hui ou de stades qui ont été dédiées à ces éducateurs. Qui ne connaît le stade d’Auxerre qui porte le nom de l’abbé Deschamps ? Aujourd’hui, les associations non-confessionnelles ont pris le relais. Les chrétiens doivent y être présents. Les jeunes d’aujourd’hui restent  les jeunes de toujours. Plus que jamais, ils ont besoin non seulement d’éducateurs qui leur enseignent une bonne technique, mais qui leur permettent aussi de grandir dans la totalité d’un équilibre humain qui laisse une part au spirituel.

Quant au sport que vous pratiquez plus particulièrement, le cyclisme. Je remarque qu’au delà de la compétition proprement dite, la pratique du vélo devient une sorte d’art de vivre. Dans les villes, le vélo devient un  moyen de transport « branché ». Champion de l’antipollution et du respect de l’environnement, le vélo acquiert des lettres de noblesse.  Il permet aussi de sillonner la campagne en prenant le temps de goûter la nature. Le cycliste est modeste, il ne cherche pas à se faire remarquer et n’est pas tenté de manifester  sa volonté de puissance comme  malheureusement  le font d’autres conducteurs d’engins, dévastateurs de nos sentiers forestiers, qui n’ont que la puissance des chevaux fiscaux  de leurs moteurs pour montrer leur importance. Avec un  vélo, on prend le temps de s’arrêter, de contempler un monument ou un paysage libérés de l’angoisse de la place de parking. Le cycliste n’est pas pressé. Il prend aussi le temps de rencontrer les autres.

Sport individuel, c’est aussi un sport d’équipe et la randonnée en équipe est aussi une bonne école d’émulation et de stimulation fraternelle. Oui, le cyclisme peut être un art de vivre.

 Et je suis heureux  que votre championnat en fasse la promotion. D’abord par son image un peu insolite. C’est un clin d’œil sympathique pour tous qui croient que les prêtres et les religieux ne peuvent se retrouver ailleurs que dans les églises ou des sacristies poussiéreuses. C’est l’affirmation que la  progression ensemble vers le Ciel se conjugue très bien avec l’ascension d’un col de première catégorie !  C’est enfin, je l’espère, l’occasion de vous rappeler, et ceci est valable pour tous, y compris pour le vainqueur de la coupe, qu’il ne s’agit que d’une coupe périssable et qu’il y en a une autre, impérissable que le Seigneur nous remettra lui-même. Et  finalement, c’est bien la seule qui mérite vraiment un entraînement quotidien.