1 Corinthiens 3 v 9-13
9 Car nous sommes des collaborateurs de Dieu et vous êtes le champ de
Dieu.
Vous êtes aussi l'édifice de Dieu. 10 Selon le don que Dieu m'a accordé,
j'ai travaillé comme un bon entrepreneur et posé les fondations.
Maintenant, un autre bâtit dessus. Mais il faut que chacun prenne garde
à la manière dont il bâtit. 11 Car les fondations sont déjà en place
dans la personne de Jésus-Christ, et nul ne peut en poser d'autres. 12
Certains utiliseront de l'or, de l'argent ou des pierres précieuses pour
bâtir sur ces fondations ; d'autres utiliseront du bois, du foin ou de la
paille. 13 Mais la qualité de l'ouvrage de chacun sera clairement révélée
au jour du Jugement.
Prédication
Chers frères et soeurs,
en préparant la réflexion de ce matin je me suis d'abord penché sur les
origines des jeux olympiques.
Je ne ferai qu'un simple rappel car le fait est connu. Les peuples du
bassin méditerranéen se faisaient la guerre et le peuple comme ses élites
mourraient. Il y avait évidemment un usage plus intelligent à faire de
sa vie d'où l'idée, soufflée par la pythie, d'organiser des rencontres
sportives, des jeux, tous les quatre ans, en l'honneur de Zeus, lui qui règne
depuis le sommet du Mont Olympe.
Au lieu de préparer la guerre les meilleurs athlètes allaient donc
concourir sans s'entretuer. Ils allaient se retrouver pour rivaliser en
force, vitesse, adresse, en lieu et place du champ de bataille et ceci
dans un esprit « bon enfant ».
Ces premiers jeux allaient durer de 884 avant Jésus-Christ
jusqu'en 393 après Jésus-Christ. Près de 1300 ans, presque sans
interruption. Et un jour, l'empereur romain Théodose 1er allait décréter
la fin des jeux. Il le décidera pour des raisons religieuses. C'est
durant cette même période que l'on interdit toutes les cérémonies du
culte païen ainsi que l'accès à leurs temples. Les statues païennes
sont brisées ou retirées des édifices publics. Les temples sont détruits
ou transformés en églises.
Les jeux olympiques organisés en l'honneur de Zeus, divinité païenne !,
sont donc supprimés, mais un ami pasteur rajoute qu'à ce moment-là «
de toute façon c'est l'indifférence qui prédominait tant les jeux étaient
devenus médiocres, pervertis, sans succès populaire. Il ne restait rien
d'un prétendu idéal olympique ».
L'empereur avait choisi le christianisme contre le paganisme, son projet
était de bâtir une nouvelle civilisation, il fallait créer un nouveau
contexte, de nouvelles références culturelles pour amener l'émergence
d'un homme nouveau ! C'est donc pour des raisons religieuses que les
premiers jeux olympiques ont disparu dans le cadre du triomphe du
christianisme !
Et puis le temps passe, les siècles s'écoulent...
Nous sommes à présent en 1892,
le monde entre en une période moderne qui exige de bonnes références
pour rénover le système éducatif. Les technologies venaient déjà
bouleverser la vie sociale et la vie quotidienne, tout semblait déjà
possible à la science, les moyens de communication s'élargissaient de
plus en plus. Déjà, oui, déjà, le monde devenait plus petit, les
nations allaient converger, il fallait promouvoir la paix ! Le Baron
Pierre de Coubertin allait relancer, avec le succès que l'on sait, les
jeux olympiques.
Le monde changeant de plus en plus vite et la nature humaine restant la même,
il faut tenter par tous les moyens d'accompagner les changements, de
consolider, de promouvoir ce qui allait rendre la paix la plus solide
possible. Mais force est de constater que bien des guerres ont été déclarées
durant la période de 1892 jusqu'à nos jours.
Cette année c'est la Chine qui est aussi mise en question. Est-elle
pacifique ? En tout cas elle veut être « grande parmi les grandes
nations ». Les controverses sont nombreuses et j'imagine volontiers que
dans l'assistance de ce matin les différents partis pourraient prendre la
parole pour exalter le sport ou dénoncer le dopage, souligner l'absence
de démocratie, dénoncer le non respect des Droits de l'Homme, la
situation au Tibet, la marchandisation du sport, l'éphémère de la
gloire, sans oublier le peuple qui demande et à qui on donne – comme au
temps des romains – du pain et des jeux afin qu'il oublie le reste !
Les pays et les hommes sont en compétition les uns contre les autres, ce
n'est qu'une manière policée de rappeler que la nature humaine plonge régulièrement
et dramatiquement vers l'adversité, et vers les guerres. Les jeux ne sont
qu'un miroir de ce qu'est le fond, c'est-à-dire le goût de la compétition
et le goût fou de la guerre.
L'empereur Théodose 1er voulait favoriser la paix, les jeux olympiques à
leur manière aussi, le baron Pierre de Coubertin le souhaitait également
si bien que nous pouvons à présent nous interroger ce matin sur la
question de fond.
Question de fond
La question de fond est certainement celle qui revient à demander ce qui
peut donner la paix intérieure et la paix entre les peuples. Etonnament
de nombreuses réalités peuvent être pointées.
Les romains que nous citions comme auteurs de la suppression des jeux
olympiques avaient ce diction « Si tu veux la paix prépare la guerre ».
Nous pouvons nous récrier mais « la peur du gendarme » fonctionne
exactement de la même manière. La dissuasion est souvent
efficace. Mais allons plus loin.
Les jeux olympiques génèrent aussi beaucoup d'émotion. L'émotion
peut-elle changer le coeur de l'homme ? Oui si cette émotion est
forte et qu'elle dure dans le temps. Il nous suffit de songer à notre
propre passé, à notre histoire individuelle pour le constater. Les émotions
jouent sur les ressorts de nos âmes.
Les efforts et le sport, le fait d'aller au bout de soi-même,
peuvent-ils changer l'homme ? Oui là aussi tout s'inscrit en nous, et nos
réussites nous marquent, tout comme d'ailleurs nos échecs.
Les découvertes, les technologies, les sciences peuvent-elles
changer l'homme ? Là encore, il suffit de constater son immense influence
pour acquiescer. Les Chinois rappelaient lors de l'inauguration des jeux
la découverte de la poudre, du papier, de la soie, de l'imprimerie etc.
Nos modes de vie, notre manière de penser sont très largement dépendants
de tout ce contexte.
L'idée européenne, de la construction européenne, veut qu'il vaut
mieux faire du commerce, de nous lier par de nombreux intérêts
communs, pour garder une entente, une paix. Là encore nous le croyons.
L'idée humaniste consiste à donner une place première à l'éducation,
celle de l'école, des parents, la place du Droit et de la Justice, l'intégration
des valeurs par la culture. Une nouvelle fois nous dirons simplement «
oui » à cet idéal. Sa transposition change l'homme.
Mais d'où vient alors le fait que nous sentions
que le déséquilibre menace. D'où vient le sentiment du danger ?
D'où vient le sentiment que bien peu est maîtrisé, que bien peu serait
suffisant pour nous entraîner justement là où nous ne voulons pas
aller. D'où vient ce sentiment d'insécurité, le sentiment que la
violence monte, que la vie devient plus difficile ?
Les dangers sont potentiellement plus forts : le nucléaire, la pollution,
les terrorismes, l'accélération des rythmes et des changements. C'est
comme lorsque nous roulons en voiture, imaginons que nous roulons de plus
en plus vite... Même si les sécurités passives de la voiture restent
les mêmes le danger néanmoins augmente. Tous les moyens de destruction
ont, eux aussi, augmenté massivement et nous ne savons pas toujours qui déciderait
de leur emploi. Nous percevons l'avancée des progrès et l'avancée des
dangers.
Pour nous chrétiens nous sommes citoyens et tout simplement des humains,
toutes ces réalités évoquées nous traversent. La parole de l'apôtre
Paul nous interpelle aujourd'hui, elle rappelle la réalité de Jésus,
l'exemple de sa vie, son enseignement, par exemple sur les béatitudes.
Pour nous, être en paix, c'est se découvrir fils de Dieu, frères aimés,
pardonnés, libérés des peurs, orientés vers la fraternité.
C'est donner un sens à l'industrie et à toutes les évolutions. C'est
labourer le champ du monde pour y placer la fraternité. C'est permettre
que le sourd entende et que l'aveugle voie. Un monde dans lequel nous nous
rencontrons vraiment ; où l'on se parle vraiment, où l'on s'écoute
vraiment. Un monde dans lequel l'un donne à l'autre toute la liberté
trouvée en Jésus. C'est vivre sous un regard, c'est vivre en regardant
le monde sous une certaine lumière.
L'Eglise et la paroisse peuvent-être ces lieux de liberté et de vérité
où tout homme trouve une espérance, même face à la mort.
La victoire est pour demain, demain viendra le royaume de Dieu et ce
au-delà de tous les drames de l'histoire. La promesse qui est faite n'est
pas un vernis religieux ou une promesse facile mais elle renvoie au
travail et à la qualité des matériaux.
Reprenons pour terminer les paroles de l'Apôtre Paul :
10 Selon le don que Dieu m'a accordé, j'ai travaillé comme un bon
entrepreneur et posé les fondations. Maintenant, un autre bâtit dessus.
Mais il faut que chacun prenne garde à la manière dont il bâtit.
Amen, c'est vrai, nous le croyons et voulons vivre ainsi.