Les navigateurs du Vendée Globe valaient bien une messe
L'évêque de Luçon a célébré dimanche dernier, devant 1 500 fidèles, une messe pour les skippers qui devraient partir des Sables-d'Olonne dans trois jours.
« Vous avez vu, c'était plein comme un oeuf », se félicite Mgr François Garnier, évêque de Luçon, à l'issue de la messe officielle du Vendée Globe, célébrée dimanche dernier, à 18 h 30, à l'église Notre-Dame-de-Bon-Port, aux Sables-d'Olonne. « Je m'attendais à voir 200 à 300 personnes », se réjouit-il, surpris par une assistance d'au moins 1 500 personnes.
Parmi elles, Philippe Jeantot, organisateur du Vendée Globe, et quelques skippers comme l'Anglais Richard Tolkien, de confession anglicane, dont c'est la première participation, ou l'Italien Simone Bianchetti.
Si des cérémonies avaient eu lieu lors des précédents départs du Vendée Globe, c'est la première fois qu'une messe à l'attention des navigateurs était célébrée par l'évêque de Luçon. « Auparavant, précise Mgr François Garnier, je rencontrais les skippers sur les pontons. Je remettais des bibles à ceux qui le désiraient. Or, cette année, un véritable mouvement s'est créé autour de cette course en solitaire et sans escale. »
En mer, quand on a trop peur, croyant ou non-croyant, on regarde vers le ciel et Mgr François Garnier d'expliquer : « Toutes les aumôneries, toutes les écoles privées et publiques et un grand nombre de communautés se sont réunies et mobilisées autour de cet événement », ajoute-t-il.
L'église Notre-Dame-de-Bon-Port, dont la construction fut achevée en 1890 grâce aux dons des pêcheurs de morue, a été, pour l'occasion, entièrement décorée avec les flammes des navires de pêcheurs du port des Sables, tendues entre les piliers. Une voile a été suspendue à l'entrée du transept.
Chargée de l'organisation de l'office religieux, l'association Le Bon Cap, fondée pour faire découvrir la mer à ceux qui n'en n'ont généralement pas la possibilité, a animé la cérémonie en portant sextant, carte, compas, voile au pied de l'autel au moment des offrandes.
« C'est une messe pour les skippers, mais aussi pour tous les marins, qu'il soient navigateurs professionnels, plaisanciers, pêcheurs ou au commerce. N'oublions pas ceux qui affrontent la mer et qui savent que, quoi qu'il arrive, la confiance l'emporte. En mer, quand on a trop peur, que l'on soit croyant ou non croyant, on regarde vers le ciel. Je prierai pour tous. Pour qu'ils aient beau temps, car on ne peut pas oublier les accidents du dernier Vendée Globe », a rappelé Mgr Garnier.
En apprenant la solitude, ils s'affronteront à eux-mêmes, c'est la bataille la plus dure
Alors qu'au même moment, un avis de tempête était annoncé, obligeant les organisateurs de la course à fermer le village où, à J - 7 du départ, plus de 30 000 curieux et passionnés ont arpenté les pontons au cours de l'après-midi.
« Tout sera dit sur le Vendée Globe. Trop de risques, trop coûteux ... Mais comment oublier le visage de Catherine Chabaud, comme éclairé de l'intérieur, lors de son arrivée victorieuse en 1997. Je me souviens, elle était debout, nous a regardés, et dit : « Qu'est-ce que vous êtes beau ! » Ce que j'ai appris sur les quais, ce que j'apprends d'eux, mérite d'être dit », a souligné l'évêque de Luçon dans son homélie.
« N'oublions pas encore que ceux qui rêvent d'un monde sans frontières, afin que l'océan ne reste pas le seul espace de liberté, vont longer les côtes des enfants esclaves, des enfants soldats, des enfants de l'apartheid, des enfants des rues et des enfants de la prostitution. Ces marins qui veulent aller très loin seront aussi très proches. En apprenant la solitude, ils s'affronteront à eux-mêmes, et c'est la bataille la plus dure. »
« Comme le dit Titouan Lamazou, l'homme de la mer prend une leçon d'humilité, poursuit-il. Ces hommes et ces femmes reviennent autrement. Plus intérieurs, parce qu'ils ont levé les yeux vers plus grand qu'eux. Au fond, leur aventure est une belle parabole de la vie. Celle d'affronter les risques les plus grands, sans oublier les autres. Car il est bien plus important de leur venir en aide que d'arriver premier. C'est aussi une leçon à une époque où tout le monde a peur. Ces marins nous apprennent à tenir le coup dans la longueur. »
« En mer, un marin se sent seul dans la main de quelque chose »
Croyant, Philippe Jeantot, l'organisateur du Vendée Globe, a toujours tenu à faire baptiser ses bateaux. « En mer, un marin se sent seul dans la main de quelque chose. C'est important de croire. On peut prier en espérant la clémence des éléments », observe-t-il, reconnaissant que ses parcours en solitaire ont influé sur sa foi.
Fidèle de l'Eglise anglicane britannique, le skipper Richard Tolkien en convient. « Il est nécessaire de prendre la vie entre ses mains. Techniquement et spirituellement. Dans un tour du monde en solitaire, sans escales, il est nécessaire de tout prendre en compte, de ne rien négliger », affirme-t-il.
Un tour du monde, en solitaire, au cours duquel « le Seigneur sera le plus merveilleux des passagers clandestins. On croit qu'il dort, mais il ne dort que d'un oeil », a conclu Mgr François Garnier.
article de Frédéric Thual pour la revue : La Croix 02/11/00