Premier pèlerinage international des sportifs à Lourdes

    Haut lieu de pèlerinage marial, où malades et handicapés ont la première place - mais aussi grande ville de l'Ovalie : c'est bien à Lourdes, et nulle part ailleurs, que pouvait avoir lieu le premier pèlerinage des sportifs et sportifs handicapés, du 27 au 30 juin 2003.

Les six millions de pèlerins qui viennent chaque année sur les pas de la petite Bernadette Soubirous ont fait de Lourdes l'un des plus grands centres de pèlerinage au monde. La ville voit chaque année toutes sortes de pèlerinages, comme le "national" des Assomptionnistes au 15 août, le Frat des lycéens d'Ile-de-France, celui du Rosaire avec les Dominicains ou encore le pèlerinage militaire international, sans compter les "pèlerins d'un jour" individuels. Il faudra donc désormais compter avec un nouveau grand pèlerinage : celui des sportifs, dont la première édition a lieu en cette année 2003, déclarée "année européenne des personnes handicapées" par l'Union européenne.

Car si Lourdes est bien connue pour la place qui y est faite aux malades et handicapés, et pour les guérisons miraculeuses obtenues à l'intercession de la Vierge, la cité pyrénéenne est également une grande ville sportive. Le Football Club Lourdais (qui comme son nom ne l'indique pas, est bien le club de rugby local - souvenir de l'époque lointaine où les deux sports n'étaient pas encore dissociés) a dominé le rugby hexagonal pendant les années 50, et détient huit titres de champion de France, ce qui en fait l'un des clubs les plus titrés de France.

Figure marquante du FC Lourdais, Michel Crauste fit les beaux jours du rugby français. Capitaine du XV de France, il lui offrit sa première victoire contre les Sud-Africains en 64. Sa carrière fut brutalement interrompue par un accident aux cervicales. Mais il en fallait plus pour arrêter ce landais à qui sa moustache et sa force valurent le surnom de "Mongol" : il préside aujourd'hui le club. Et c'est à lui, et à ses anciens amis rugbymen lourdais, que l'on doit l'initiative de ce pèlerinage international des sportifs.

Mais que ceux qui ne voient pas le monde en ovale se rassurent : l’œcuménisme sportif sera de mise. Parmi les grands parrains de cette rencontre aussi spirituelle que sportive, on trouve ainsi Bernard Baudean, skieur alpin handisport au palmarès impressionnant, et qui est aujourd'hui directeur technique national du ski handisport. Sur le plan spirituel, le pèlerinage sera conduit par Mgr Lacrampe, actuel évêque d'Ajaccio en Corse, qui est un enfant du pays (il est né à Agos-Vidalos) et par le Père Yves Laguillony, qui fut éducateur et arbitre de rugby. Mgr Lacrampe a d'ailleurs composé une prière à cette occasion.

Le programme du pèlerinage associe les démarches proprement spirituelles : célébration d'ouverture à la basilique Saint Pie X, chemin de Croix, messe internationale - et les temps sportifs : descente en raft, course à travers la ville, et bien entendu un match de rugby. Le dimanche sera même organisé en trois temps : une première mi-temps spirituelle le matin, une seconde mi-temps sportive l'après-midi, et l'inévitable troisième mi-temps festive le soir.

Mais ce pèlerinage sera bien plus qu'une rencontre pittoresque entre gros bras du sport et du handisport. Si l'amitié entre sportifs est revendiquée, l'objectif est aussi de mettre chacun "à l'écoute des sportifs témoins de leur foi pour partager leur engagement". Les organisateurs expriment ainsi leur ambition : "L’esprit sportif que de nombreuses entreprises ou sociétés veulent insuffler à leurs collaborateurs provient de la conjugaison des vertus de référence que sont le courage, la volonté, le partage, l’humilité, le respect. Dans les moments de doutes, d’agressions, de rivalités et d’oppressions que connaît notre société internationale, un regard vers l’esprit sportif associé aux valeurs d’espérance et de croyance chrétiennes partagées aussi par de nombreux sportifs, peut être un rayon d’espoir pour davantage de compréhension et de tolérance sur notre terre. Le pèlerinage international des sportifs a pour objet de réaliser et d’entretenir cette grande espérance vitale et souhaitable en s’appuyant sur la Foi de chacun."

Cette démarche semble répondre à l'appel lancé par le Saint-Père - lui-même grand sportif dans sa jeunesse - au cours du Jubilé des sportifs, en octobre 2000 : "La responsabilité des sportifs dans le monde est grande en ce qui concerne la dimension planétaire prise par cette activité. Ils sont appelés à faire du sport une occasion de rencontre et de dialogue, au-delà de toute barrière de langue, de race, de culture. En effet, le sport peut apporter une contribution valable à l'entente pacifique entre les peuples et contribuer à l'affirmation dans le monde de la nouvelle civilisation de l'amour."

Alors longue vie à ce pèlerinage des sportifs, où cette fois-ci, contrairement aux courses du stade évoquées par Saint-Paul, tous sortiront gagnants !

                        article de Pierre-Yves Stucki pour le site : cef.fr