Congrès 1995 de la FSCF à Saint Malo
2015 : LA TETE ET LES JAMBES EN COMPETITION. La Fédération sportive et culturelle de France, bientôt centenaire, pense à l'avenir.
Paru le lundi 28/11/1995 ... La Croix ...
Réunie ce week-end à Saint-Malo pour son 83e congrès, la vénérable Fédération sportive et culturelle de France (FSCF) avait invité responsables associatifs, chercheurs et adhérents à réfléchir et à débattre sur le thème : « Quel sport, quelle culture pour demain ? » Et de se demander par la même occasion à quoi pourront servir les pratiques sportives, à l'horizon de l'an 2015, compte tenu des évolutions sociales à venir. Car les activités de loisir gardent évidemment une fonction sociale. Et le sport n'y échappe pas.
Epanouissement personnel
Ainsi que l'a rappelé le docteur Le Boulch, directeur scientifique à l'Ecole de psychomotricité de Florence, cette fonction est le produit de l'évolution des sociétés technologiques : « La signification du loisir se définit par rapport aux contraintes imposées à l'homme par le travail, valeur dominante des sociétés industrielles. Il s'impose afin de permettre à l'homme et à la société de conserver leur équilibre. » D'où l'importance originelle des fonctions de délassement et de distraction du loisir. D'où aussi des formes de loisirs dominées par le modèle du champion, à partir des années 60, dans une société elle-même marquée par le matérialisme, la rationalité et la compétition.
Or, aujourd'hui, ont insisté les congressistes de la FSCF, nous vivons une mutation sociale. D'un côté, le travail n'est plus une valeur aussi fondamentale qu'auparavant. De l'autre, l'accès à l'emploi se fait plus difficile. Du coup, le temps se libère et le loisir tend à changer de rôle : selon Jean Le Boulch, il s'oriente à la fois vers la formation permanente et vers le développement de l'individu. Quitte à s'opposer au sport traditionnel. On pense alors davantage forme et épanouissement personnel que performance.
Facteur d'insertion d'une « nouvelle population »
Dans le même temps, l'évolution des conditions démographiques vient aussi bouleverser les pratiques : avec l'allongement de la vie, les activités de loisir prennent en effet une place centrale au moment de la retraite. Enfin, « toute une nouvelle population arrive dans le monde du loisir », souligne aussi le docteur Le Boulch. Ce sont principalement des jeunes adultes qui tardent à prendre une réelle autonomie et à fonder une famille, faute d'emplois stables. Pour certains, le sport devient alors un facteur d'insertion sociale.
Pour tous ceux là, jeunes gens comme personnes âgées, la compétition ne peut pas constituer une solution satisfaisante, car elle est trop contraignante. Par conséquent, beaucoup se tournent, et devraient se tourner, vers des formes plus ludiques ou des activités de nature, voire des activités dites « extrêmes », comme la « glisse », de la planche à voile au parapente.
L'intérêt se porte également vers son propre corps, à travers le jogging et le stretching, pendant que se développent des activités corporelles où se concrétisent l'imaginaire et les valeurs artistiques, par exemple la danse. La solitude et l'anonymat de nos sociétés poussent enfin les individus à rechercher des activités orientées plus vers la coopération que vers la compétition.
Dimension sociale du jeu
Il n'en demeure pas moins, _ et Claude Piard, ancien responsable de la FSCF l'a souligné _, que le besoin de dépassement de soi, auquel répond la compétition et le record, est aussi un besoin fondamental de l'homme. Et de citer tous ces sports atypiques et informels au départ, à l'image de la varappe, qui ont fini par organiser à leur tour de véritables championnats. « Mon propos n'est pas de faire l'apologie de la compétition, mais de montrer que ses regrettables déviations ne doivent pas cacher la vraie question qui se pose à l'éducateur : qu'en faire ? », a interrogé Claude Piard.
A cette interrogation, le docteur Le Boulch apporte un début de réponse. Selon lui, le jeu correspond au besoin de dépenser son énergie potentielle. Mais, très tôt, il prend une dimension sociale. C'est une occasion de se mesurer, de se comparer, donc de s'affirmer. « L'éducation doit alors veiller à ce que cela ne se fasse pas au détriment de l'autre. En mettant l'accent sur la possibilité qu'offre le jeu de s'auto-évaluer, l'intérêt peut se déplacer du désir de vaincre vers celui de s'améliorer. Le jeu peut alors représenter un support puissant pour faire accepter à la personne les efforts nécessaires pour assurer sa propre formation », explique le médecin.
Une conviction qui ne peut que satisfaire tous ceux qui ont dénoncé, lors de ce congrès, les dérives du sport actuel de haut niveau, où les notions de rencontre et de plaisir sont souvent éclipsées par une « quête effrénée de la performance », avec son lot d'accidents et de blessures, selon les termes de Jacques Personne, lui-même ancien entraîneur national de basket-ball. Mais entre la frénésie de consommation et la frénésie de la compétition, la porte est étroite. C'est celle qu'a choisie la FSCF.