La FSCF : présence d'Eglise

Les patronages sont toujours bien vivants. Longtemps délaissés, voire méprisés, les patronages continuent pourtant à proposer des activités sportives et culturelles à de très nombreux jeunes. Une présence d'Eglise dont la pédagogie, tournée vers l'épanouissement personnel plutôt que la compétition, se révèle plus que jamais crédible. .

    Paru le jeudi 29/03/2001 ... La Croix ... Nicolas Seneze

On croyait les « patros » disparus : laissés aux oubliettes dans les années 60 quand l'Eglise s'est mise à privilégier de nouvelles formes d'apostolat issues de l'Action catholique. « Les années 60 nous ont été préjudiciables, reconnaît Jean Vintzel, vice-président de la Fédération sportive et culturelle de France, qui rassemble près de 2 000 associations de patronage (lire les « Repères »). Ce fut un coup dur. » La fin de la matérialisation des patros, notamment dans les zones urbaines, a alors créé une rupture avec l'Eglise : déplacés dans des structures communales laïques, les patros se sont peu à peu éloignés des paroisses où ils étaient nés. Tandis que les jeunes les plus engagés étaient souvent « récupérés » par les mouvements d'action catholique. Mais, grâce aux laïcs, un certain état d'esprit a pu se maintenir, à défaut d'une structure et de la présence de prêtres.

« Notre but est l'épanouissement de la personne dans toutes ses dimensions », explique Jean Vintzel. Si la performance est importante, la FSCF n'oublie pas la performance humaine « en permettant à tous ceux qui veulent s'épanouir spirituellement de le faire », complète-t-il. Un état d'esprit, de plus en plus atypique dans un univers sportif soumis à une compétition à outrance, ce qui est aujourd'hui le grand atout de la FSCF.

Un humanisme devenu rare dans les milieux du sport

« Cet humanisme chrétien autour des valeurs sportives et culturelles est d'autant plus fort qu'il y a aujourd'hui des déviations dans la pratique sportive, explique le sociologue Jean-Paul Callède, spécialiste des pratiques sportives. Aujourd'hui, la proposition de la FSCF reste donc plus que largement crédible. »

Paradoxalement, cette logique moins tape-à-l'oeil ne bénéficie pas vraiment à la FSCF. « Nous recevons quatre à cinq fois moins de subventions que les grandes fédérations, qui, elles, profitent en plus de partenariats médiatiques », constate Jean Vintzel. « Avec la nouvelle loi d'orientation sur le sport, la FSCF devrait avoir plus de moyens car elle est mieux placée que les fédérations unisports basées sur le modèle compétitif », plaide pourtant Jean-Paul Callède.

Mais si les patros demeurent méconnus, c'est d'abord à cause d'un déficit d'image. « Nous n'avons pas d'image à proposer à la télévision », reconnaît Jean Vintzel. Ainsi, la Journée olympique (lire les « Repères »), qui a mobilisé 80 000 personnes en France, a été bien relayée dans la presse locale. Mais elle n'a pas bénéficié d'une couverture médiatique nationale.

De grands clubs sportifs sont pourtant nés des patros comme le CSP Limoges, le seul club de basket français champion d'Europe. Lors des derniers huitièmes de finale de la Coupe de France de football, ce sont également deux clubs issus des patronages, Vannes et Auxerre, qui se sont retrouvés face à face. Si aujourd'hui leur sections professionnelles dépendent de la Fédération française de football, leurs sections amateurs sont toujours membres de la FSCF, à travers une vingtaine d'activités chacune...

« Le problème des patros, c'est que leur ancrage est ancien, constate Jean-Paul Callède. S'ils ont évolué, ils restent comme « assignés à résidence » dans certains quartiers ou dans les espaces ruraux. Il leur faut maintenant opérer une greffe sur les nouveaux espaces urbains. »

Le défi du redéploiement dans les nouveaux espaces urbains

Il est vrai que la FSCF est implantée à 70 % en zone rurale. Mais, les patros se lancent aujourd'hui dans les quartiers. A Paris, la Facel (lire l'article en page 14) s'est d'abord implantée dans les 18e, 19e et 20e arrondissements, les moins favorisés de la capitale. A Bordeaux ou à Rennes, les associations locales de la FSCF sont présentes dans les maisons de quartier. « La Fédération est à la croisée des chemins, reconnaît Jean Vintzel. On sort d'un cadre exclusivement sportif pour s'attacher aux domaines qui touchent plus le social. »