Avance au large : 8 filles skippées par une religieuse


       L'AVANT COURSE

« Je ne pense pas que nous passerons inaperçues » glisse Juliette Belbéoc'h, 23 ans, étudiante à Paris VII, membre de l'équipe d'animation spirituelle d'« Avance au large » et monitrice bretonne de voile légère. Avec Alix, Marine, Mathilde et les autres, elle fait partie de l'équipage uniquement féminin, skippé par Nathalie Becquart, religieuse Xavière et responsable d'aumônerie.

« Nous sommes toutes à l'écoute les unes des autres, dit-elle, impressionnée par l'attention constante portée à la fatigue des unes et aux forces des autres. Certaines découvrent tout juste l'univers de la voile, il faut alors prendre le temps d'expliquer et d'enseigner avec bienveillance les subtilités de ce sport ». Pour les équipières néophytes, comme Béatrice de Cools, tout est nouveau. « Que ce soit dans l'organisation - assistante communication - ou à bord - à l'avant du bateau » reconnaît l'étudiante de 21 ans à Dauphine. Le week-end d'entraînement a pu révéler des valeurs et des passions sportives communes, dans la « joie de l'ouverture aux autres ».

Etonnée par la rapidité avec laquelle l'équipage s'est soudé, Juliette « découvre avec admiration la communauté des jeunes dans l'Eglise ». Béatrice, elle, est touchée par « la joie contagieuse d'être tous réunis pour cette aventure ».

La victoire sera ailleurs

Un tel équipage est assez rare dans l'histoire de Course-Croisière de l'EDHEC. « Notre ambition n'est sûrement pas de la gagner, soyons réalistes, mais plutôt de la vivre, pleinement et simplement » avoue Juliette pour qui c'est déjà « un grand défi » d'assumer d'être chrétienne alors que les débats sur l'Eglise ont lieu jusque dans les restaurants universitaires. Que les jeunes « prennent conscience qu'être catholique et jeune n'est pas incompatible aujourd'hui », que l'Eglise soit « respectée, pour mieux être écoutée... et comprise » sont les préoccupations de Béatrice. Elle attend pour sa part une certaine sérénité et « l'audace d'un oui plus franc ». Bon vent !

       L'APRES COURSE

Les étudiants qui ont participé à la 41ème Course-Croisère de l'EDHEC (18-25 avril 2009) sous le drapeau « Avance au large » sont rentrés « ravis et heureux de l'expérience ». Sœur Nathalie Becquart, skipper de l'équipage féminin, fait le bilan : croisière ! 

Les étudiants des aumôneries catholiques étaient embarqués à bord de 3 bateaux : un équipage féminin, principalement des étudiantes de l'aumônerie de Dauphine (Paris), un équipage mixte, majoritairement composé par des étudiants de l'Ecole Supérieure de Travaux Publics (ESTP), épaulés par des étudiants issus d'autres aumôneries et enfin, un équipage composé en majorité par les étudiants de l'aumônerie d'Assas (Paris). A terre, deux stands mobilisaient une vingtaine de personnes dont une dizaine d'aumôniers.

Découverte de la voile pour beaucoup, première expérience de la régate pour presque tous ! Les jeunes peuvent être fiers d'être arrivés au bout et d'avoir tenu le coup. Au classement final de leur catégorie qui comprenait 25 navires, le bateau « Chrétiens en Grande Ecole » est arrivé 11ème. L'équipage féminin s'est classé 21ème , avec des arrivées intermédiaires à la 14ème et la 11ème place. Le bateau des aumôneries universitaires a pris la 22ème place.

A l'expérience sportive s'est ajoutée l'ambiance conviviale et festive des pontons. « La relation y est très facile. Il y a eu énormément d'échanges et de rencontres » raconte la religieuse Nathalie Becquart. S'ils arrivaient avec un peu d'appréhension, les étudiants ont pu naviguer en toute sérénité. « Le projet a été accueilli positivement, bien au-delà de ce qu'ils avaient pu imaginer.Ca les a beaucoup touchés. Ils ont perçu que c'était valorisant pour eux d'être dans ce projet ».  

Vivre sa foi dans un événement sportif et festif

Un projet qui a du sens, trois bateaux, deux stands dans le Village de la Course : la mobilisation des jeunes et les moyens mis en œuvre ont donné une visibilité forte et une crédibilité réelle au projet des aumôneries étudiantes. « Au bout de deux jours, tout le monde connaissait Avance au large » doit-elle avouer. Rassemblés autour d'une même démarche missionnaire, les étudiants ont aussi appris à se connaître, à terre comme en mer. Ils parlent déjà de Brest 2010 !

Beaucoup sont revenus fortifiés dans leur foi. Bénédiction des bateaux, temps de prière, messe ont montré aux jeunes qu'ils n'étaient pas obligés de mettre leurs convictions entre parenthèses et qu'au contraire, un lien pouvait exister. Les jeunes catholiques embarqués à bord d'autres bateaux ont aussi apprécié.

La médiatisation de leur participation, via notamment les vidéos du Jour du Seigneur, a suscité des échos encourageants de la part des amis et des familles. Une brise bienvenue sur l'image de l'Eglise !  

Un terrain favorable à l'évangélisation

Face à une génération qui ne connaît pas forcément grand-chose de l'Eglise, les étudiants d'Avance au large se sont rendus compte de la soif spirituelle de leurs contemporains. Beaucoup de jeunes ont été interpellés par la présence de la religieuse et des prêtres. « On ne les jugeait pas. On venait les rencontrer tels qu'ils sont. Cela les renvoyait à une image de liberté » souligne Sr Nathalie Becquart.

Pendant toute la Course, cinq prêtres se sont relayés dans le Village. Parmi eux, le P. Benoist de Sinety, vicaire épiscopal à la jeunesse pour le diocèse de Paris, représentait un autre projet d'envergure à destination des jeunes : le pèlerinage « Terre Sainte 2009 » (21 au 31 juillet 2009). « On a été en quelque sorte l'aumônerie de la Course-Croisière de l'EDHEC. Ce qu'on fait au quotidien sur les lieux universitaires ou dans les Grandes Ecoles, on a aussi à le déployer dans ces grands événements » retient la religieuse.

Grâce aux partenaires présents sur les stands - Délégation Catholique pour la Coopération, Secours Catholique, Ecclésia RH, CCFD-Terre Solidaire- le tout venant a pu découvrir les propositions de l'Eglise en matière de solidarité et de volontariat. Derrière la « très forte demande » exprimée par les étudiants en matière de bénévolat, elle discerne chez eux une vraie quête de sens : « L'enjeu est de faire des propositions qui les rejoignent dans ce qu'ils sont, dans leur manière d'être et de vivre ». 

Partager ce qu'offre l'Eglise pour que d'autres puissent le vivre

Les compétences marines de Sr Nathalie ont créé un lien inattendu avec les autres skippers. Elle a pu démontrer que « l'engagement dans l'Eglise ou la vie religieuse ne déconnectent pas des réalités humaines ». Projetée 20 ans en arrière, à l'époque des régates étudiantes, elle a mesuré, « avec beaucoup de joie et d'action de grâce », tout ce qu'elle avait reçu et vécu, combien ce qu'elle vit aujourd'hui dépasse ses espérances, combien cette vie est « riche et passionnante ». « L'Eglise offre des perspectives. La foi met sur un chemin riche et heureux ! » témoigne-t-elle.